PHOTOS DE CHEVET (2015)

Objets de prédilection, les photos de chevet témoignent de la relation singulière entre des écrivains et des images photographiques qui les ont inéluctablement hantés. Roland Barthes, Hervé Guibert et Susan Sontag ont en commun d'avoir médité sur la photographie à partir de ces épiphanies blessantes et endeuillantes. En soutenant l'idée que la photographie est par nature asphyxiante, en vertu de ce surcroÎt de réalité qu'elle produit, cet essai remet en cause le qualificatif d'élixir de longue vie de la photographie.

 

NIETZSCHE (2012)

"Il faut être exercé à vivre sur les montagnes - à voir au-dessous de soi la pitoyable actualité jacassante de politique et de rage égocentrique des peuples... Il faut être supérieur à l'humanité par la force, par l'altitude de l'âme - par le mépris". Dans les endroits les plus reculés de la Terre, Nietzsche part en quête de ses futurs lecteurs, comme à la recherche d'une fleur rare, peu certain en vérité de son existence... Ce soin qu'il prend de ne pas être compris de tous, de cultiver sa différence, de choisir scrupuleusement ses lecteurs, n'est pas un signe de mépris pour l'humanité. C'est au contraire la preuve de ses ambitions pour cette humanité qu'il appelle à se dépasser dans la figure du surhumain.Accusé d'avoir érigé une école du soupçon et même du mépris, Nietzsche a longtemps eu la réputation d'un penseur infréquentable.Cet ouvrage se propose de dissiper quelques uns des malentendus qui subsistent autour de l'oeuvre du philosophe, à partir d'une étude de ses notions phares, et de montrer la nécessité dans laquelle nous sommes aujourd'hui de nous ressourcer aux écrits de Nietzsche.

 

LES LARMES DE HEGEL (2011)

La mauvaise réputation dont s'encombre Hegel doit beaucoup à lui-même. Elle n'aurait pas ce lustre sinon. C'est que notre égo admet mal de n'être que ce qu'il fait. Encore moins de n'être que l'instrument dont se sert l'absolu pour jouir de soi. On pourrait s'en prendre à la rugosité toute luthérienne du séminariste de Tübingen, à son sens de l'État, à cette angoisse de tout systématiser, mais ce serait oublier que la grande affaire de Hegel, c'est de célébrer, en véritable dramaturge, l'Esprit, ce héros total en quête d'une réconciliation inédite du théorique et du pratique. L'enjeu de la réconciliation? La liberté. La liberté concrète par laquelle nous récapitulons en nous l'esprit absolu. Une liberté en acte.Ruse de la raison, conscience malheureuse, travail du négatif ou dialectique du maître et du serviteur sont quelques unes des grandes figures qui animent ce drame du devenir que nous retrace par touches successives Olivia Bianchi et qu'Édouard Baribeaud nous interprète en images tout à la fois subtiles et ironiques.Qu'il s'agisse des larmes de souffrance du négatif à l'oeuvre dans l'histoire ou des larmes de joie d'une réconciliation finale, les larmes de Hegel expriment aussi les émotions portées par l'amour, l'art ou la religion, là où le fini se laisse surprendre par l'infini.

 

Illustrations Edouard Baribeaud

 

 

LE RIRE SANS TABLEAU (2011)

Et si le rire cachait sous son habit de clown une arme fétiche avec laquelle il abat les unes après les autres les idoles de la société? Qui rirait encore des forfaits de cet auguste justicier quand chacun sait qu'à tout moment il peut être sa prochaine victime? Cette enquête philosophique qui part du constat selon lequel le rire souffre d'un déficit de visibilité dans la peinture, se charge d'une double finalité. La première: saisir et comprendre les raisons de cette discrétion remarquable du rire dans l'art du portrait. La seconde: définir l'essence du rire, ce qui nécessite de mettre de côté certaines idées reçues le concernant, et notamment celles qui négligent son caractère attentatoire et limitent sa fonction à un pur divertissement médiatique.Au centre de cette double perspective se trouve évidemment la question du sujet, celle du moi qui est à la fois la cible du rire et celle du portrait. Or, en chahutant le moi, le rire ne lui ôte-t-il pas ipso facto l'ensemble de ses prétentions, y compris picturales? Et que dire du sourire dont l'analyse révèle une fatigue d'être fatalement inconciliable avec sa duplication artistique? Bref, ne concourent-ils pas tous deux à révéler la facticité du portrait comme du désir qui l'origine, tel Narcisse?Sous son habit de clown le rire cache un rêve: oeuvrer à plus de sociabilité et de liberté. Ce qui justifie entièrement qu'il utilise son pistolet et qu'il frappe là où ça fait mal, qu'il châtie impitoyablement les défauts humains qui font obstacle à son idéal d'égalité et de justice.

 

LA HAINE DU PAUVRE (2005)

Il ne s’agit pas dans cet ouvrage de renchérir sur les discours multiples (historiques, sociologiques, économiques) qui enquêtent sur l’origine de la pauvreté, mais de réfléchir sur cette figure emblématique qu’est le pauvre et dont nous prétendons qu’elle cristallise une haine totale. C’est à l’examen de cette haine qualifiée d’ontologique, haine dont le pauvre serait en quelque sorte la victime expiatoire, que nous choisissons de consacrer notre propos, en faisant émerger certains traits annonciateurs de ce qui pourrait s’apparenter à une idéologie de l’hygiène.Aussi est-ce pourquoi nous proposons, au travers d’un itinéraire philosophique, une lecture inédite de la figure du pauvre. En effet, ne peut-on pas voir en cette haine du pauvre – avec le risque qu’une telle haine s’institutionnalise – le symptôme d’une déshumanisation qui va croissant ? Ou encore le prodrome d’un nihilisme rémanent ?

 

Peintures Barbara Bianchi

 

 

HEGEL ET LA PEINTURE (2003)

Dans les Cours d’esthétique, Hegel charge l’art d’une mission spécifique : la révélation de la vérité. Ce qu’offre à contempler la peinture, comme art particulier, c’est une vérité largement idéalisée, une vérité toute pénétrée d’âme et de sentiments. Vérité sacrée et vérité profane, la peinture est le reflet fidèle de l’esprit d’une époque particulière ; elle témoigne au travers de la peinture renaissante italienne des intérêts qu’ont les hommes pour la religion chrétienne, et au travers de la peinture hollandaise, de leur désir de s’approprier le monde du quotidien. On ne sera pas surpris de constater que Hegel privilégie la peinture hollandaise sur la peinture italienne : choix qui se comprend dès lors que la peinture des Hollandais annonce une ère nouvelle, pour laquelle l’homme est structurellement programmé, celle de la Raison Comme nous le comprenons, l’objectif de Hegel est de préparer le terrain de la science qui se dit adéquatement par la seule raison. Et toute l’analyse hégélienne de la peinture consiste à engager cette chute du sensible qui est – en l’occurrence – celle de la peinture et de l’art en général. Néanmoins, ne nous trompons pas sur la valeur du propos hégélien qui rend un hommage vrai aux peintres et à leurs créations. Et toutes les analyses particulières que fait Hegel des tableaux des maîtres vénitiens ou hollandais sont d’une richesse et d’une originalité qui font presque oublier le sort funeste que le philosophe réserve, en dernière instance, à la peinture. Car la peinture se mure dans un silence que redouble hélas la vacuité de son exposition muséographique. C’est l’histoire de ce silence obligé – qui rend compte dans sa haute complexité d’un assujettissement philosophique de l’art – qu’Olivia Bianchi se propose de comprendre dans cet ouvrage, en conviant le lecteur à réfléchir sur le sens et la valeur d’une esthétique philosophique qui, dans une tentative ultime de cloisonnement, a peut-être mésestimé la puissance insurrectionnelle de la peinture.